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    L'Histoire de la Fabrique des Fées ©  

    L'histoire de la Fabrique 

    Tout a commencé un beau jour dans une petite librairie de province où j’étais venue me perdre au hasard d’une promenade. Un jour où le temps moins clément était plus propice à la découverte des échoppes du village plutôt qu’à la randonnée. Amoureuse des livres, j’entrais naturellement dans cette boutique ancienne où règne cette odeur rassurante de cuir vieilli, de papier jauni et où il plane près du haut plafond comme un nuage permanent de poussière temporelle. Dans les étagères de bois sombre, la tranche de velours rouge d’un livre attire mon attention. Je m’en saisi et déchiffre le titre quelque peu effacé, usé par le temps. 

    C’est un livre de Sorcière dont je ne peux dévoiler le nom et qui comporte une multitude de recettes axées particulièrement sur l’amour. 

    Intriguée plus qu’intéressée, je le parcours rapidement en me disant que, finalement je n’y trouverai pas grand chose, lorsque je tombe sur la recette d’un parfum dont les composants m’inspirent plus que son nom. 

    Jasmin, Tubéreuse, Ylang Ylang et bien d’autres plantes qui résonnent à mon oreille comme des mystères lointains teintés d’un exotisme inaccessible. Leurs senteurs semblent s’élever des pages à mon nez et me laissent imaginer soudain que ce parfum parait sorti d’un autre temps et qu’il est porteur d’un secret magique. 

    J’emporte le livre contre quelques pièces à peine avec la ferme intention d’élaborer le fameux parfum. Sans doute suis-je influencée par « Le Parfum » de Süskind relu récemment. Ce roman qui m’a marquée non seulement pour son histoire mais surtout pour ce détail des senteurs, des parfums, des techniques de distillation, de cette volonté féroce à extraire de la plante le meilleur de sa fragrance et réussir à passer maître dans l’art de capturer ces fragiles arômes. En dehors du fait que le héros de l’histoire est un assassin, je me suis malgré tout sentie proche de sa capacité à reconnaître les parfums, quels qu’ils soient. J’ai toujours senti les odeurs des gens au-delà de leur parfum bien sûr, car nous avons tous une odeur. 

    Mais aussi, les odeurs des lieux, des étoffes, des fleurs, des objets, des matières. Et je me suis retrouvée dans ce personnage bien que je ne puisse pas rivaliser avec cette extraordinaire mémoire des senteurs et sa capacité à les décortiquer pour en extraire chaque composant odorant comme on isolerait chaque note d’une partition. Lorsque je reconnais une odeur déjà sentie, même si cela fait très longtemps, je tente de la retrouver dans ma mémoire olfactive. C’est une sorte de jeu qui me tiens depuis toute petite et qui ne me laisse aucun répit, temps que la source de ce souvenir ne me revient pas. 

    Les odeurs des gens ont toujours représentées pour moi, une facette, un caractère, une personnalité. Les odeurs des lieux ou des objets décrivent leur chemin, leur époque, leur richesse ou leur simplicité. Chaque odeur est liée à une histoire. Les odeurs racontent une histoire. C’est comme si votre odeur me révélait qui vous êtes. 

    J’ai trouvé chez Süskind les descriptions exactes de tout ce que je ressentais et sentais depuis toujours.  

    D’autre part, élevée dès mon plus jeune âge aux médecines douces et naturelles, aux huiles essentielles et à l’homéopathie je peux me prévaloir d’une santé plutôt bonne et de défenses immunitaires assez vigoureuses. 

    Les plantes et leurs parfums ne sont donc pas choses nouvelles dans ma vie, mais cette recette de parfum, ce jour là, fut pour moi un déclenchement. C’était la naissance d’un périple semé de découvertes, de connaissances, d’apprentissages et de partages.  

    Car ce parfum s’avéra très difficile à élaborer. Les essences qui le composaient extrêmement rares ou introuvables n’en devenaient que plus mystérieuses.  

    Mais je ne me décourageais pas et à partir de là, c’est en cherchant ces plantes, que j’en découvrais d’autres. Je me documentais, j’achetais d’autres livres, je revoyais tout le processus de distillation à la vapeur, l’obtention des huiles essentielles, des absolues, des hydrolats, l’utilisation des plantes sèches, les décoctions, les onguents, les macérations, et je m’émerveillais face à la profusion de bienfaits que les plantes peuvent nous apporter. 

    En parallèle je ne me séparais plus de deux livres très précieux. 

    L’un venant de ma grand-mère sur les médecines naturelles. 

    L’autre venant de mon père sur les huiles essentielles. 

    Tous deux porteurs de plusieurs recettes de base, à la fois pour des soins de beauté et de santé. 

    Ces livres devinrent des bibles pour moi et chaque page me donnait l’impression d’en apprendre toujours d’avantage et de découvrir un nouveau monde. 

    Je me suis laissée emportée par cette frénésie de me nourrir toujours plus et par l’envie d’être plus libre dans mes choix. 

    Avoir la possibilité de remonter la chaine de fabrication d’un produit le plus loin possible représentait pour moi un vrai défi et une certaine forme d’émancipation. Savoir ce que contient exactement une crème, choisir des ingrédients plus sains, des matières premières réellement actives et bénéfiques pour mes soins, étaient devenues des choses essentielles. 

    A cela, bien sûr, s’ajoutait l’immense plaisir, vraiment unique, de pouvoir fabriquer soi même ses produits. Faire naître de ses mains l’émulsion d’une crème, associer des fragrances dans un savon, laisser le temps au soleil et aux jours pour qu’une huile végétale se gorge des bienfaits de la plante qu’on y laisse macérer. 

    Et je ne me suis pas arrêtée là. J’ai entrainé ma sœur dans l’aventure et nous avons poursuivi dans l’idée de ne plus acheter de produits car à force d’utiliser ceux que nous fabriquions, nous nous sommes rendues compte que, non seulement ils étaient plus efficaces, plus agréables et vraiment « sur mesure », mais également que les cosmétiques du commerces étaient de moins en moins tolérés par notre peau. 

    Avoir le « contrôle » de ce que l’on met sur son visage était devenu une garantie de bonne santé. C’était vital ! 

    Nous avons commencé modestement avec des soins simples. Des pommades, des masques, des shampoings. À l’époque les matières premières n’étaient pas nombreuses et difficiles à trouver. Nos premiers pas dans la cosmétique naturelle se firent avec des produits très courants, des préparations simples et faciles à réaliser. Lotions aux infusions de plantes, huile d’olive, lait d’amande, jus de carotte, masque au miel, tonique à la menthe, crème fraiche, farine, concombre, argile, lavande, citron, romarin, œufs, avocat, sauge, fleur d’oranger, huile de coco, thym, beurre de karité, roses, cire d’abeille et bien d’autres encore. 

    Puis, à force d’expérience et de recherches toujours plus poussées, nous élaborons au fil du temps de nouvelles formules, des recettes plus complexes, plus délicates et raffinées. 

    Dans le même temps, des sites de cosmétique naturels fleurissent sur internet. D’autres personnes passionnées comme nous se mettent à fabriquer elles-mêmes, à partager leur recettes et expériences et l’on trouve de plus en plus de matières premières, plutôt rares auparavant, en vente sur la toile.  De nouveaux ouvrages sur le sujet voient le jour et c’est le début de l’escalade. La tambouille cosmétique maison se démocratise enfin.  

    De notre coté nous avons beaucoup d’idées et fabriquons de plus en plus de soins pour nous au point que nous ne consommons plus rien dans le commerce. Cela ne s’arrête d’ailleurs pas qu’à la cosmétique mais également à l’art culinaire avec les huiles essentielles, aux produits ménagers, au linge, à la santé et petits maux quotidiens, aux plantes et pesticides naturels, aux soins des animaux de compagnie, etc…  

    C’est à force d’en parler autour de nous que les gens veulent en savoir plus. C’est ainsi que nous commençons à fabriquer et à faire tester à nos amis, parents et collègues de travail nos produits naturels fait mains, qui rencontrent un franc succès. On nous en redemande ! 

    La pensée de créer notre ligne de produits maison germe dans nos esprits.  

    Les gens sont si contents et apprécient tellement nos soins, à la fois originaux, simples et bienfaisants, que nous pensons toutes les deux nous lancer dans cette voie qui nous plaie tant. 

    Voici donc comment est née la Fabrique des Fées…

     

    Tout cela a bien pris une bonne dizaine d’années et je dois bien avouer que parfois l’idée de ce parfum mystère de Sorcière s’est fait oublié. Mais il est resté dans un coin de ma tête et je n’y ai jamais renoncé. Chaque étape de mon parcours fut marquée par la découverte d’une des substances manquantes et j’ai finalement réussi à achever ma quête. A force de chercher les essences et les absolues nécessaires à sa composition, j’ai fini par réunir tous ses composants. Aussi curieux que cela puisse paraître c’est ce parfum qui m’a menée sur ce chemin de découverte et je n’ai enfin réussi à le créer que récemment. 

    Je dois vous dire qu’il est vrai que ce parfum est absolument magique, mais cela, c’est une autre histoire !...

    L'histoire de la Fabrique







     


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