• à propos de moi...

    à propos de moi...

     

     

    Sans doute la Sorcière, la Fée, l'Ondine ou la Salamandre ont toujours été en moi.

    Parler de soi ce n'est pas si évident. Par quoi pourrais-je commencer?

    Par dire que je ne tiens pas en place et que j'ai l'impression de perdre un temps précieux lorsque des minutes s'écoulent à ne rien faire.

    Un jour peut-être j'apprendrai à être LÀ! Profiter de l'instant présent tel qu'il s'offre à moi. C'est une sagesse qui se développe au fil des années et que l'on acquiert, ou pas. Je me le demande. Maîtriser l'art de ne rien faire! Un jour peut-être.

     

    Mais pour le moment tout bouillonne dans ma petite tête de linotte et les idées n'arrêtent pas de tourner en boucle incessante et hurlante jusqu'à ce que je daigne les mettre en œuvre. Ne serait-ce qu'avec un croquis, un texte, quelques mots ou encore une liste des choses nécessaires pour "construire" un nouveau projet.

    J'ai dernièrement versé quelques larmes silencieuses et douces lorsqu'une amie a évoqué ma grand-mère, partie depuis maintenant 2 ans. J'ai compris que tout ce que j'aimais faire dans ma vie me venait de ma grand-mère. Tout ce j'aime faire et ce que j'ai besoin de faire.

    C'était une femme débordante d'énergie, d'imagination et de passion. Elle chantait, elle dessinait, elle faisait de la couture. Elle aimait la nature, les oiseaux dont elle connaissait tous les chants,  les fleurs avec une passion pour les glaïeuls. Elle lisait beaucoup, elle adorait Victor Hugo, elle rêvait de voir un jour le Machu Pichu, elle inventait chaque matin une nouvelle histoire merveilleuse à me raconter, elle m'a appris tant de choses et la plus précieuse, celle de ne jamais s'ennuyer. Être manuelle, douée de ses mains et s'amuser en travaillant, en créant toujours une chose nouvelle. Elle avait une très belle écriture.

    Ai-je hérité tout cela d'elle? Beaucoup en tous cas. J'ai appris à faire du travail un jeu où, quoiqu'il arrive, on trouve toujours son plaisir.

    J'ai hérité de ce trait de caractère, je crois, qui est d'aimer être suivie sur un projet, de mener la danse sans pour autant contraindre qui que ce soit.

    Lorsque j'ai réalisé mon premier court-métrage, c'est ce que j'ai ressenti. J'étais réalisatrice mais toute cette équipe que je dirigeais avait plaisir à être là, à travailler sur ce film et croyait en mes capacités comme je croyais dans les leurs. J'aime me baser sur l'échange, le partage. J'aime être initiatrice mais pas commander.

    Ma grand-mère était un peu comme ça. C'était une meneuse. Elle avait le don de rallier les gens à sa cause et surtout à sa jovialité, sa bonne humeur, avec juste ce qu’il fallait de poigne et d’autorité pour organiser et entrainer tout son petit monde dans son sillage. Gentillesse et  générosité. Trop parfois, car certains en ont abusé. Les gentils un peu naïfs attirent toujours les profiteurs. Mais c'est ainsi.

    Alors avec tout cela comment en est on arrivé aux fées, sorcières et autre chaudron magique ? Et bien, comme tout dans une vie... Petit à petit. Difficile de me rappeler s'il y a eu un déclic.

    Si...!

    Il y'en a eu un, sans doute. Et plusieurs ont dû suivre...  

    C'était un jour d'hiver, dans une vieille bibliothèque parisienne. Je ne sais plus pourquoi ni comment un certain livre s'est retrouvé entre mes mains. J'effectuais des recherches pour mon roman et j'avais déjà une idée, même vague, du récit et des futurs personnages.

    Dans ce livre, je suis tombée sur un passage qui parlait des sorcières, et qui finalement remettait assez justement les choses à leur place. Cela m’a plu et interpellée. Je me suis sentie proche de ces femmes.  Il expliquait qu'elles étaient nos premiers médecins. Avant de devenir, grâce aux médisances, d’horribles vieilles femmes sorties du bois et jetant partout le mauvais œil, elles étaient des guérisseuses et des sages femmes plus que précieuses auxquelles on faisait souvent appel pour le moindre mal à traiter.

    Mais elles étaient encore plus que cela si l’on remonte vers les temps païens qui comptaient beaucoup des sociétés matriarcales. Elles y étaient filles de la Déesse Mère, menant les hommes vers leur destin, conduisant les éléments, femmes faites pour, l’enfantement mais aussi l’amour et la divination.

    Mais peu à peu, sous le joug des hommes et surtout de la religion, l’ère des femmes sorcières se flétrie, s’évanouie et l’on fait en sorte d’ailleurs qu’il ne reste rien de leur âge d’or. Ce qui reste le plus violent c’est bien sûr les 3 siècles pendant lesquels l’église catholique s’évertue à faire taire les rites païens dans toute l’Europe et qui assimile pour se faire, les sorcières aux hérétiques. Mais les femmes qui montent au bûcher sont souvent jeunes et belles, simplement victimes d’une dénonciation calomnieuse, d’une voisine jalouse, d’un homme auquel elles n’auront pas cédé de faveur. Les preuves tenant parfois au simple fait qu’elles vivaient seules, qu’elles soient veuves, rousses, ou encore qu’elle se démarquent des autres par un caractère un peu trop affirmé ! Une femme "libérée" à cette époque ne peut être qu'une Sorcière! 

    Pour l’église la femme est de toutes les manières coupable, responsable du péché originel. La partie est perdue d’avance !

    Tout ce qu’elle est fait peur, mais sa solitude et ses secrets sont une nécessitée à sa condition de guérisseuse. L’isolement apporte la concentration et le calme utile à la méditation et à la communion avec les éléments et la Nature.

    Cette vie en marge de la société, n’arrange rien. Elles ne se mêlent que rarement au peuple. Et donc comme tous les gens un peu différents, elles sont craintes, détestées, chassées, secrètement désirées, accusées, puis torturées, violées, brûlées.

    A cette époque n’importe qui finissait par avouer l’impensable sous la torture, y compris ce dont il n’était pas coupable. Peut importe la manière, l’issue était la même en fin de compte, la ou le supplicié mourait, sous la question ou après avoir avoué les crimes qu’il n’avait pas commis.

    Lorsque les peurs s’accumulent et que les malheurs s’enchaînent au sein de la vie d’un village il devient plus facile de chercher un responsable autre que soi. La sorcière est alors toute désignée.

    La peur n’admet plus la logique, n’invoque plus la raison. Il faut un coupable, se sera le voisin, sa femme, un parent, un autre qui aura moins souffert et sera accusé de sorcellerie.

    Les juges, les hommes, le pouvoir réduisent la Sorcière au silence.

    Mais la Sorcière est avant tout une femme libre qui parle aux arbres et aux animaux, qui assume ses croyances, son corps, sa sexualité et ses pensées. Cette indépendance dérange.

    Elle a une grande connaissance des plantes, herbes et racines et de tout ce qu’il y a de bon, ou de mauvais à en retirer. Car après tout, un médicament est avant tout un poison qui soigne parce qu’on le consomme avec parcimonie. Ces femmes étaient indispensables mais redoutées, car leurs connaissances dépassaient tant l’ignorance des gens que la guérison passait plus pour un sort réussi que pour l’action d’un vrai remède. C'est ainsi que la Sorcière faisait si peur, car on pensait que la santé qu'elle vous avait rendu, elle pouvait aussi vous la reprendre. Qui sait, la jalousie, la bêtise et la peur sont de mise dans ces cas là et ces femmes impressionnent autant que l’on a besoin d’elles. On les respecte et on les craint tout autant. Mais c'est avant tout l'ignorance qui mène les gens vers la violence.

    Avoir besoin de ce que l’on ne comprend pas c’est frustrant non ?

    ‘‘L’unique médecin du peuple, pendant mille ans, fut la Sorcière.’’  Jules Michelet.

    Voilà si je puis dire comment cela a commencé.

    Depuis toute petite je me soigne par les plantes, les huiles essentielles, l’homéopathie, la médecine naturelle.

    En parallèle de mes découvertes sur les Sorcières et les idées que cela m’apportait pour mon roman, j’avais, depuis quelques temps déjà, récupéré chez ma grand-mère un vieux bouquin épais comme une marche d’escalier qui traitait des médecines naturelles.

    Ce livre est devenu une bible avec un autre ouvrage sur les huiles essentielles qui m’apporta les premières références et recettes pour confectionner mes premiers produits cosmétiques maison.

    Ce fut le début d’une course en avant pour remonter le plus loin possible les ‘‘chaines’’ de fabrication. Mon but était de maîtriser toute la composition d’un soin. J’avais besoin de savoir ce qu’il y avait dans ce que j’utilisais pour ma peau.

    J’avais besoin de trouver cette forme d’indépendance dans ce que je faisais. Je refusais le fait de consommer sans savoir, sans avoir la possibilité de connaître tous les composants d’un soin et j’étais encore plus exaspérée lorsqu’un commerçant ou un pharmacien était incapable de me renseigner sur ce point.

    Le ‘‘travaille, consomme et taies-toi’’ résonnait alors dans ma tête, plus que jamais intolérable. Alors à cette époque (car cela fait plus de 15 ans !) mon besoin de liberté s’est exprimé de cette façon.

    J’ai commencé modestement avec les plantes des herboristes, les onguents, les décoctions, les infusions, puis les masques aux argiles, les soins confectionnés avec tout ce qu’on peut trouver dans une cuisine. Concombre, crème, citron, œufs, farine, huile d’olive, miel, poudre de noix de coco ou d’amande pour les gommages, et tant d’autres.

    Les ouvrages sur la cosmétique maison faisaient leur apparition mais on ne trouvait pas encore tout le nécessaire pour confectionner de véritables crèmes hydratantes par exemple.

    Je ne vivais que pour réussir la recette de la célèbre ‘‘Cold Cream’’ qui était dans le livre de ma grand-mère.

    J’avais besoin d’ingrédients spécifiques comme l’oxyde de zinc ou la lanoline entre autres.

    L’oxyde de zinc, très connu pour ses propriétés protectrices et antiseptiques se retrouve beaucoup dans les crèmes et pommades pour bébés ou comme adoucissant dans les produits pour peaux irritées et fragiles. Il est utilisé dans les maquillages grâce à son pouvoir couvrant et a même des propriétés anti-UV.

    La lanoline, graisse tirée de la laine de mouton est un agent très hydratant et nourrissant pour la peau. Elle entre dans la composition de baumes et crèmes et n’a pas sa pareille pour protéger les lèvres. Aujourd’hui elle a son substitut végétal tiré de l’huile de tournesol, plus facile à mettre en œuvre.

    A force de m’acharner, je passais d’une merveilleuse adresse où je me fournissait en plantes, huiles essentielles et hydrolats, vers un magasin bio ou je dégottais de l’huile de coco, des huiles végétales de millepertuis, rosier muscat, ricin et lys blanc, pour finir dans une petite pharmacie vers Ledru Rollin à Paris où j’allais chercher de la cire d’abeille.

    En discutant avec cette femme charmante, qui n’est hélas plus là aujourd’hui, je lui confiais l’objet de mes recherches et j’obtins de pouvoir acheter à des prix dérisoires ces ingrédients mystérieux que je cherchais depuis si longtemps, dont un gros litron d’eau distillée, de l’alcool végétal et de l’amidon.

    C’était une grande victoire pour moi. J’allais pouvoir confectionner mes propres produits y compris les bases elle-même telles que les laits, les crèmes ou gels neutres que j’achetais alors pour les agrémenter de mes huiles essentielles.

    A partir de ce moment, j’allais tout fabriquer. Pendant ce temps, fleurissaient sur internet des blogs où des filles passionnées tout comme je l’étais, cumulaient des essais et communiquaient leurs recettes réussies. Puis il y eut de plus en plus de livres sur le sujet, je les collectionnais. Puis il y eut les premiers sites sur lesquels on commençait à pouvoir se fournir en matières premières de toute sorte ainsi que des outils et des contenants pour fabriquer les cosmétiques, les produits d’entretien, les produits d’hygiène, les bougies, les maquillages, etc.

    Alors mes idées commencèrent à fuser en tout sens et j’inventais sans cesse de nouveaux produits. Je n’ai plus jamais rien acheter en matière de cosmétiques car je fais tout moi même et c’est un plaisir sans borne.

    En matière de sorcière, un autre livre est entré dans la danse à cette même époque. Un livre de sorcière justement, où se trouvait caché dans les pages réservées aux filtres d’amour la recette d’un parfum très précieux composé d’essences rares et recherchées pour leur incomparable senteur.

    J’ai mis des années avant de parvenir à trouver et rassembler ces absolues dans un même flacon. Mais j’ai fini par réussir et effectivement, ce parfum est extraordinaire.

    Une nouvelle victoire, qui m’apprenait que les choses aboutissent, lorsqu’on ne cesse jamais d’y croire. Un jour ou l’autre elles aboutissent, même si elles semblent stagner, s’évanouir ou s’éteindre quelque peu. Certaines choses prennent du temps, mais on fini par achever ses ‘‘œuvres’’, un jour ou l’autre.

    Alors un beau jour, au sein de mon travail, - qui n’a rien à voir avec la cosmétique, l’écriture, la couture ou encore le bricolage,- mes collègues ( je suis la seule femme dans un service d’hommes mais je m’en porte très bien !) à qui je parlais à longueur de journée, d’écologie, d’environnement, de soins naturels et surtout de plantes, ont fini par me demander conseils pour certains maux voir même des recettes aphrodisiaques ! Puis ils m’ont surnommée :

    ‘‘La Petite Sorcière’’.

    Tout cela collait parfaitement avec tout le chemin que j’avais parcouru, avec mes idées, mes convictions, mes croyances et tout ce sur quoi je m’engageais.

    J’étais devenue cette Petite Sorcière. Alors ce nouveau patronyme me convenait très bien. J’en avais déjà pris la voie depuis longtemps sans m’en rendre compte en adoptant les principes d’un des personnages de mon roman. La frontière était bien mince entre ce que je mettais de moi dans ce personnage et ce qu’elle possédait que je tentais de lui prendre.

    Étrange ?! Pas tant que ça. Après tout, n’est-ce pas aussi cela écrire ? Vivre à travers nos personnages. Leur faire traverser toutes sortes d’épreuves et d’aventures que nous ne vivrons jamais. C’est une façon d’obtenir tout ce que je ne pourrais jamais avoir.

    Étant donné que mon roman porte entre autres sur le monde féerique, mes recherches allaient beaucoup en ce sens. Et les livres sur les sorcières, les elfes, les lutins et autres créatures de Faërie s’accumulèrent dans mes bibliothèques.

    Les livres sont devenus un bien précieux, des références, des recueils où je puise l’inspiration et où je trouve des similitudes avec ce que je suis, ce que j’ai vécu et ce à quoi j’aspire.

    La Fée Kara’ Mel est venue ainsi, comme tout le reste, au détour d’une pensée imaginative où finalement tout se rejoint.

    L’amour de la Nature, le soin par les plantes, les médecines naturelles, le besoin de partager avec les autres, l’envie perpétuelle d’apprendre pour pouvoir créer toujours plus et de transmettre aux autres, la création, le besoin d’indépendance, le rejet de la consommation aveugle, le besoin de protéger le vivant, la liberté de choisir, l’avidité de nouvelles connaissances, de beaux ouvrages, de grimoires secrets, franchir la frontière du monde des fées, et puis apprendre la Wicca, tirer les runes, pratiquer les rituels, les sabbats, les incantations et constater jour après jour qu'un pouvoir est né en moi. Lié à un sixième sens affûté, une intuition puissante à laquelle j'apprends à me fier.

    Devenir magicienne.

    Ce pouvoir qu’on sent détenir lorsque, sous nos doigts, les choses se transforment. Même les plus simples. Les blancs d’œufs qui se changent en neige. L’enchantement des pans de tissus qui, une fois assemblés, forment une robe. Des morceaux de bois savamment travaillés qui donnent un superbe meuble. Une huile végétale et une eau florale qui s’émulsionnent et se métamorphosent en crème soyeuse pour le visage. La magie des mots qui s’entremêlent pour donner une suite harmonieuse et faire rêver le lecteur. Tout cela est magique pour moi. A commencer par la vie elle même.

    Vivre en accord avec la Nature, avec ce qui nous entoure, suivre son rythme, apprendre sa patience et sa régularité, ses hasards aussi et les accepter. Parler avec les esprits de cette Nature, apprendre à les écouter.

    Être douée de ses mains, fabriquer, transformer, créer, imaginer, penser, composer, faire naître des choses utiles pour les autres. Garder autour de soi une petite part de mystère, de secrets, de malice. Aimer.

    C’est ça être fée, être sorcière !

     

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